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Satmag du mardi 20 janvier 2026 SPEED RADIO
Directeur de la compagnie Le Grenier de Babouchka, Jean-Philippe Daguerre s’impose depuis plusieurs années comme l’un des auteurs et metteurs en scène les plus prolifiques et singuliers du théâtre français. Récompensé par quatre Molières pour Adieu Monsieur Haffmann et cinq Molières pour Du charbon dans les veines, il poursuit aujourd’hui son exploration d’une mémoire collective à la fois intime, politique et profondément humaine.
Son nouveau projet s’ancre dans une date précise : le 18 octobre 1973. Tandis que la France attend fébrilement la sortie en salles des Aventures de Rabbi Jacob, film de Gérard Oury porté par un Louis de Funès au sommet de son art, un événement inattendu vient troubler l’ordre établi. Ce même jour, une jeune femme détourne un avion reliant Paris à Nice. Parmi ses revendications, une demande stupéfiante : que toutes les bobines du film soient mises sous scellés.
Qui est cette femme ? Pourquoi vouloir empêcher la sortie d’un film promis à un succès planétaire ?
C’est à ces questions que Jean-Philippe Daguerre choisit de répondre, en s’emparant d’un fait divers aussi dramatique que rocambolesque.
L’histoire de cette pièce débute presque par hasard, lors d’un déjeuner, il y a deux ans, avec Bertrand Thamin, directeur du Théâtre Montparnasse. En quelques phrases, celui-ci raconte à Daguerre l’incroyable destin de Danielle Cravenne, cette « pirate de l’air » qui tenta d’empêcher la sortie de Rabbi Jacob.
« C’est un sujet pour toi ! » lui lance-t-il alors, promettant même de produire la pièce si le projet voit le jour.
Dès ce soir-là, Daguerre plonge dans les archives, passe des nuits entières à reconstituer le fil de cette histoire, à explorer la famille Cravenne, les coulisses de la création du film et le contexte politique de l’époque. Pendant des mois, il part à la rencontre des rares témoins encore prêts à parler, s’attachant tout particulièrement à la figure fascinante et bouleversante de Danielle Cravenne, mais aussi à celle, mythique, de Louis de Funès.
Deux ans plus tard, ce travail d’enquête donne naissance à un roman publié chez Albin Michel, et simultanément à une création théâtrale au Théâtre Montparnasse.
Pour ce spectacle, Jean-Philippe Daguerre opère un virage artistique radical. Loin des dispositifs scénographiques plus classiques de ses précédentes fresques historiques (Adieu Monsieur Haffmann, Le Petit Coiffeur, Du charbon dans les veines), il fait appel à Narcisse, artiste qu’il admire de longue date.
Connu pour son travail mêlant technologies numériques et poésie visuelle, Narcisse n’est pas un inconnu des auditeurs de Speed Radio, où il a déjà été reçu à plusieurs reprises pour évoquer ses créations et sa démarche artistique. Ensemble, ils construisent ici un univers scénique singulier, où l’image, le son et la lumière dialoguent pour former un véritable kaléidoscope émotionnel.
Sur scène, Daguerre s’entoure de comédiens qu’il chérit autant qu’il admire. Charlotte Matzneff et Bernard Malaka, piliers de son univers, sont rejoints par de nouvelles figures : Elisa Habibi, Balthazar Gouzou, Bruno Paviot, et surtout Julien Cigana, qui relève avec audace, humilité et brio le défi d’incarner Louis de Funès.
Au-delà du fait divers spectaculaire, cette pièce est avant tout un geste de mémoire et de réconciliation. Jean-Philippe Daguerre y ressuscite la silhouette de Louis de Funès, mais surtout rend hommage à Danielle Cravenne, qu’il décrit comme une « Don Quichotte des temps modernes ». Une femme animée par une foi presque naïve mais bouleversante : celle de pouvoir réconcilier les fils avec leurs pères, et, plus largement, les Arabes et les Juifs.
Un théâtre engagé, sensible et profondément humain, qui rappelle une fois encore que chez Jean-Philippe Daguerre, la grande Histoire ne vaut que par les destins individuels qui la traversent.

Écrit par: SPEED
today20 janvier 2026 63