Auditeurs:
Meilleurs auditeurs :
play_arrow
SPEED RADIO Là où les artistes prennent la parole
play_arrow
SPEED Belgique
play_arrow
SPEED Paris Île-de-France
play_arrow
SPEED Vaucluse
play_arrow
SPEED Alsace
play_arrow
Emmanuelle de Laborderie & Pierre Bessac - Vibes Culture du 13/02/2025 SPEED RADIO
Présenté en compétition au Festival de Cannes 2026, le nouveau film de Pedro Almodóvar, Autofiction (titre original Amarga Navidad), explore une fois encore la frontière fragile entre vie réelle et invention. Sorti en salles le 20 mai, le long-métrage met en scène un cinéaste en panne d’inspiration qui puise directement dans son existence pour relancer son écriture.
Depuis des œuvres majeures comme Tout sur ma mère, La piel que habito ou encore Madres Paralelas, Almodóvar s’est imposé comme un auteur obsédé par les identités mouvantes et les récits qui se superposent. Ici, il pousse encore plus loin cette logique en transformant le processus de création en sujet principal du film.

Le film s’articule autour de deux temporalités.
En 2004, on suit Elsa, ancienne réalisatrice reconvertie dans la publicité, qui tente de retrouver une forme d’élan créatif en écrivant un scénario inspiré de son entourage et de son passé.
En 2025, Raúl, cinéaste reconnu mais en perte de vitesse, traverse une crise profonde. Lorsqu’il apprend qu’une proche collaboratrice s’éloigne pour soutenir sa compagne endeuillée, il commence à imaginer une nouvelle histoire. Mais très vite, fiction et réalité s’entremêlent dangereusement, notamment lorsqu’un personnage s’inspire trop directement de la vie de cette femme.
Peu à peu, les deux récits semblent dialoguer, jusqu’à brouiller totalement la frontière entre ce qui est écrit et ce qui est vécu.
D’une durée de 1h51, le film repose sur un montage alterné entre les deux époques. Cette construction, fluide mais volontairement déroutante, crée un effet de va-et-vient constant qui renforce l’idée d’un récit en train de se fabriquer sous nos yeux.
Les interprètes participent pleinement à cette impression de double réalité. On retient notamment la performance de Patrick Criado, dans un rôle d’amant sincère mais déséquilibré, ainsi que le retour marquant de Rossy de Palma dans un personnage haut en couleur.
La musique d’Alberto Iglesias accompagne l’ensemble avec retenue, laissant parfois place à des moments plus intenses, notamment lorsque résonne La Llorona de Chavela Vargas, qui vient suspendre le récit dans une charge émotionnelle forte.
Au fil du film, une idée s’impose : Elsa n’est pas seulement un personnage, mais aussi un reflet de Raúl. Une sorte de double, utilisé pour interroger le geste même de création.
Le film pose alors des questions simples mais vertigineuses : que raconter quand on a déjà tout raconté ? Comment continuer à créer quand l’inspiration semble épuisée ? Et surtout, à partir de quoi fabrique-t-on une fiction ?
Une scène en particulier illustre cette réflexion, lorsque la notion de « réalisateur culte » est évoquée de manière presque absurde, révélant en creux la pression du statut et du temps qui passe.
Avec Autofiction, Almodóvar signe une œuvre plus intérieure qu’à l’accoutumée. Moins spectaculaire, moins flamboyante en apparence, elle s’intéresse davantage au doute, à la fatigue créative et à la mémoire des œuvres passées.
Malgré sa construction complexe sur le papier, le film reste étonnamment lisible et accessible. Les repères narratifs sont clairs, les personnages bien identifiés, et le spectateur ne se perd jamais vraiment dans ce jeu de miroirs.
Une proposition plus intime, presque mélancolique, qui confirme surtout qu’Almodóvar continue de filmer le cinéma autant que la vie elle-même.
Écrit par: SPEED
© Speed Radio 2026