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Amour, je peux ouvrir la fenêtre ?
Une scène d’une blancheur extrême nous accueille, public. C’est vaste. C’est froid. Tout de suite, on remarque le lit d’hôpital qui trône sur le côté, une chaise au fond, une autre face au lit d’hôpital vide au lointain. Tout est loin, tout est distance.
A cour des micros, un piano, d’autres éléments bruts mais déjà présents. Fantômes de la nuit, créatures du passé et du présent.
Simon Falguières nous dévoile tout de suite avec sa mise en scène la brutalité de l’écriture, la dureté de la réalité. Il nous livre l’envers du décor de la scène, de l’écriture. Il nous livre la face d’un monde, notre monde. Comme un processus pour arriver à sa fin.
Ecrire c’est mettre du noir sur du blanc, c’est remplir le vide. Résister c’est mettre des voix sur les silences, c’est faire résonner.
C’est ce qu’il fait par l’arrivée de deux comédiennes, faiseuses d’obscurité sur la scène blancheur, tandis que le public n’est pas encore tout à fait prêt.
La rencontre de K, Myriam Fichter, dans toute sa splendeur, se fait dès les premiers instants. K écrivain mourant, malade de la maladie du parasite ? Mais lequel ?
Je regarde la neige tomber par la fenêtre fermée de ma chambre d’hôpital, et je comprends que ce vieil homme, c’est moi, enfermé dans ce château, frappé par la tempête.
La couverture se lève, la lumière s’invite sur scène et on découvre le mur au fond, des pages et des pages d’écriture de la main de K. Il a tapissé sa chambre d’hôpital déjà blanche par des feuilles blanches remplis d’écriture que l’infirmière, Liza Alegria Ndikita, ange de joie et d’énergie, ne comprend pas. Tout est éparse.
Cela commence où ? Cela s’arrête quand?
On feuillette ce fameux livre de K et comme un puzzle, il s’imbrique petit à petit, rencontre après rencontre.
Au début, on découvre Frieda, poétesse sur écoute dans sa propre maison et Olga, meilleure amie qui se sacrifiera dans l’obscurité. Le conte se poursuit dans les paysages blanches de neige au pied du Château. Elles sont suivies par Alma, Hanna, Sandor, Mathéo et la petite Esther. Chacun a sa voix à lui. Alma écrit l’histoire qu’il ne faut pas écrire. Hanna, Karine Feuillebois, comédienne sourde, n’a pas de voix mais ses mains parlent gracieusement pour elle. Sandor suit sa voix sur les flots de la mer, où il disparait. Mathéo, frère jumeaux d’Alma, ne trouve pas sa voix et passe de l’autre côté, l’obscurité. Et la petite Esther parle à travers les touches du piano. On parle de l’Homme à un œil, le tyran qui règne avec son obscurité. Imre, comédien solitaire sous sa tente/château essaye de se frayer un chemin dans ses méandres, avec son brin de folie.
Ses personnages fruits de l’imagination de K ? Amies ou amours de réalité?
On se perd doucement dans cette confusion entre la réalité et la fiction. Des couches se superposent tout comme le décor qui vient se superposer lors des scènes encore en cours. On déplace, on installe à vue sans que cela vient déranger. Cela fait partie de l’écriture.
Le monde de K est brute, une tempête comme celui de Shakespeare.
Tout est dit comme si on lisait nous-même ce conte. Narration, jeu et explications métas se suivent, s’emmêlent. Les micros captent certains sons, certains bruits pour rendre la fiction réalité. Les images se créent dans notre paysage imaginaire à nous, à chacun.
Présent ou passé? Passé et présent. « Le passé est devant nous! »
Dans cette blancheur, la violence est amené avec douceur. Car oui, violence il y a, oppression il y a, couverts de neige blanche et pure, où malgré tout les ténèbres s’infiltrent et prennent place.
Rien n’est choquant, mais tremblement et frisson s’en suivent tout de même.
On passe du français à l’allemand au langage de signe au chant au cri à l’anglais pour finir avec une danse signée afin d’aboutir dans le silence.
Seule la voix est éternelle
Le Livre de K , écrit et mis en scène par Simon FALGUIERES, assisté par Lolita de VILLERS.
Interprétée avec brio et justesse par Myriam FICHTER – K, Rosa-Victoire BOUTTERIN – Alma, la soeur résistante, Mathilde CAHRBONNEAUX – Olga, l’amie, Lomane DE DIETRICH – Frieda, l’amante, Simon FALGUIERES – Imre, le fou de Lear, Karine FEUILLEBOIS – Hanna, la mère, Charly FOURNIER – L’homme à un oeil, le tyran, Pia LAGRANGE – Esther, la petite soeur sacrifiée, Liza Alegria NDIKITA – l’ange, Stanislas PERRIN – Sandor, Matias ZAKHAR – Mathéo, le frère collaborateur.
LUMIERES : Léandre Gas
ACCESSOIRES et MARIONNETTES : Alice Delarue
SURTITRAGE et REGIE VIDEO : Typhaine Steiner
COSTUMES : Lucile Charvet , Marion Moinet et Maïalen Biais
MUSIQUE et CONCEPTION SONORE : Hippolyte Leblanc et Simon Falguières
REGIE PLATEAU : Roméo Rebière
REGIE GENERALE : Clémentine Bollée et Morgane Bullet
DRAMATURGIE, ADAPTATION et JEU LSF : Katia Abbou et Vincent Bexiga
Retrouvez les :
MERCREDI-JEUDI-VENDREDI : 19H30
SAMEDI : 18H30
DIMANCHE : 15H30
Jusqu’au 17 OCTOBRE 2026
Au Théâtre Nanterre-Amandiers
Nanterre (92)
Écrit par: Emma Van De Maele
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