Auditeurs:
Meilleurs auditeurs :
play_arrow
SPEED RADIO La culture sans entracte
play_arrow
SPEED RADIO – Belgique
play_arrow
SPEED RADIO – Paris Île-de-France
play_arrow
SPEED RADIO – Vaucluse
play_arrow
SPEED RADIO – Alsace
today2 octobre 2026
Dans ce huit clos écrit par Jean Genet en 1947, Claire et Solange, les deux bonnes de Madame, pratiquent un jeu de rôles appelé la « cérémonie » dans lequel elles jouent le rôle de leur maîtresse, et planifient son assassinat. Carme Portaceli, metteuse en scène invitée par la Comédie Française, nous offre dans Les Bonnes une scénographie moderne : une salle de bain gigantesque qui nous plonge dans l’intimité physique des trois personnages. Elle critique, tout comme Genet, la bourgeoisie de notre siècle.
« Il est évident que des bonnes sont coupables quand Madame est innocente. »
Dès la scène d’ouverture, nous sommes frappés par la modernité de la mise-en-scène : Claire et Solange vêtues de noir se défoulent et préparent leur terrain de jeu dans la salle de bain, sur un fond de Rap. Un début rythmé et surprenant, qui nous donne envie de voir la suite.
Edith Proust, dans le rôle de Claire, la cadette, est brillante et imprévisible : nous pensons au premier abord qu’elle est la maîtresse, mais Genet nous trompe. Même si ces trois femmes sont de milieux sociaux différents, l’auteur nous montre qu’elles se ressemblent et sont toutes les trois sous l’emprise d’un homme : Monsieur. Madame, jouée admirablement par Anna Cervinka, ne peut sortir du joug de son amant incarcéré grâce au plan des Bonnes, malgré son statut. Elles sont toutes prisonnières d’une image stéréotypée de la femme : ce besoin d’être belles et de s’apprêter pour les hommes.
Carme Portaceli parvient à souligner dans sa mise en scène l’actualité du propos, puisque ces scènes pourraient avoir lieu aujourd’hui dans les classes bourgeoises. Claire et Solange, grâce à leur rituel, échappent un moment à la réalité de leur condition et à leur destin tragique.
Les comédiennes rendent le personnage de Madame pathétique, semblable à une enfant dont il faut s’occuper et consoler. Anna Cervinka arrive à mettre en valeur l’ironie des répliques de son personnage, dont cette incroyable punchline de Genet :
« Vous avez de la chance, Claire et toi, d’être seules au monde. L’humilité de votre condition vous épargne quels malheurs ! »
Le choix de la salle de bain est brillant, nous avons accès aux moments les plus intimes de la vie : le passage aux toilettes, le déshabillage avant le bain, le démaquillage dans le miroir, mais aussi les pleures sous la douche, les cris dans la baignoire… Ainsi les actrices se mettent à nue et servent grandement le propos du texte : la bourgeoisie n’est qu’un vêtement, un déguisement, sans cela, nous sommes tous les mêmes.
Le destin tragique de ces personnages nous frappe dès le début. Elissa Alloula nous éblouit dans le rôle de Solange, une grand sœur sage et aimante, qui se transforme au fur et à mesure en une femme malheureuse et cruelle. Le registre de la pièce passe du comique au tragique très facilement, montrant ainsi l’intelligence du jeu des actrices.
Les Bonnes, texte de Jean GENET, mise-en-scène par Carme PORTACELI
Production Comédie Française
Avec Anna CERVINKA, Elissa ALLOULA, Edith PROUST
A l’Athénée théâtre Louis-Jouvet
Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h
Jusqu’au 25 octobre 2026
Écrit par: Camille Roumat
© Speed Radio 2026